Acheter un appartement en copropriété, c’est entrer dans un système d’assurance à deux étages, souvent mal compris des nouveaux propriétaires. Entre l’assurance collective gérée par le syndic et la couverture individuelle à souscrire pour son propre logement, les obligations se cumulent. Et depuis 2025, les primes augmentent sensiblement, sous l’effet conjugué de la sinistralité climatique et d’une réforme réglementaire majeure.
Un dispositif en deux étages : parties communes et parties privatives
En copropriété, l’assurance habitation fonctionne sur deux niveaux distincts. D’un côté, le syndic souscrit une assurance collective au nom du syndicat de copropriétaires : elle couvre la responsabilité civile de la copropriété et les dommages aux parties communes (halls, escaliers, toiture, etc.) en cas d’incendie, de tempête ou de catastrophe naturelle. De l’autre, chaque occupant, qu’il soit propriétaire ou locataire, doit disposer d’une assurance individuelle pour ses parties privatives.
La loi ALUR du 24 mars 2014 a formalisé ces obligations. Elle impose à chaque copropriétaire de couvrir au minimum sa responsabilité civile, qu’il occupe son bien ou qu’il le mette en location. Pour ce dernier cas, une assurance propriétaire non-occupant (PNO) est requise : elle prend en charge les dommages liés aux incendies, aux dégâts des eaux ou aux vices de construction lorsque le logement est loué ou vacant. En cas de défaut d’assurance, les conséquences peuvent être lourdes : prise en charge des indemnisations sur fonds propres, voire poursuites judiciaires.
Le rôle du syndic est central dans ce dispositif. Il sélectionne et négocie le contrat collectif, veille au respect des obligations légales et fait office d’interlocuteur avec l’assureur lors d’un sinistre. Les copropriétaires, réunis en assemblée générale, approuvent ou modifient cette couverture collective.
Surprime Cat-Nat et hausses tarifaires : ce qui change en 2025-2026
Depuis le 1er janvier 2025, la surprime catastrophes naturelles (Cat-Nat) est passée de 12 % à 20 % sur les contrats d’assurance de dommages aux biens. Cette hausse, imposée par un arrêté ministériel de décembre 2023, s’applique à tous les assureurs sans exception. Concrètement, selon Franck Le Vallois, directeur général de France Assureurs, cela représente en moyenne 41 euros supplémentaires par an et par foyer, contre 25 euros auparavant. En contrepartie, cette réforme dote le régime Cat-Nat d’une capacité de couverture supplémentaire d’1,2 milliard d’euros par an.
Le contexte climatique justifie cette évolution : la sécheresse représente désormais 54 % de la sinistralité cumulée sur dix ans, et selon la Caisse Centrale de Réassurance, les coûts couverts par le régime Cat-Nat devraient augmenter de 60 % d’ici 2050. En 2024, les indemnisations liées aux catastrophes naturelles ont atteint 5 milliards d’euros. Les primes d’assurance habitation ont bondi de 12 % en 2025, et une nouvelle hausse de 7 à 8 % est attendue en 2026. Pour l’assurance copropriété spécifiquement, la hausse constatée est de 9 % en 2025.
Ce que cela change concrètement pour les copropriétaires
Pour les occupants comme pour les bailleurs, ces évolutions tarifaires se répercutent sur les charges annuelles. La prime moyenne d’assurance habitation individuelle s’établissait à 167 € en 2025, avec une prévision à 182 € pour 2026. Les grandes copropriétés bénéficient toutefois d’un effet de volume : une copropriété de 50 lots peut obtenir des tarifs unitaires inférieurs à 100 € grâce aux économies d’échelle sur le contrat collectif.
Face à ces hausses, vérifier la bonne articulation entre couverture collective et couverture individuelle reste la priorité. Un sinistre mal couvert, parce qu’il se situe à la frontière entre partie commune et partie privative, peut rapidement tourner à la confusion entre syndic et assureur personnel. Comprendre précisément ce que chaque contrat couvre, et pour quel montant, est une démarche à ne pas reporter.

